La Forteresse

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Vers 994, Richard 1er, duc de Normandie, donna aux moines de Jumièges :

1° son domaine de Vimoutiers avec l'église et tout ce qui relevait de ce domaine ;

2° tout ce qu'il avait en terres et en forêts depuis le dit lieu de Vimoutiers jusqu'au fameux Chemin des Anes ;

3° son domaine de Crouttes avec l'église et tout ce qui faisait partie de ce domaine, à l'exception de deux vavassories ;

4° la quatrième partie du domaine du Ménil Renard (aujourd'hui le Renouard (l).

Les partisans de Guillaume Clyton, fils de Robert Courte-Heuse, que son frère Henri Beauclerc, après s'être emparé de son duché de Normandie, retenait captif dans la prison de Kardif en Angleterre, s'étant soulevés contre ce prince vers 1119, les Exmois songèrent à se révolter aussi. Les habitants de Courcy et ceux d'autres places fortes du voisinage, apprenant que presque tous les normands abandonnaient, le roi pour prendre le parti de son neveu, adoptèrent une semblable résolution.

En conséquence, le premier de tous, Renauld de Bailleul, se rendit à Falaise, remit au roi ses serments de fidélité et refusa orgueilleusement de lui rendre sur sa demande une maison qui appartenait à ce prince, dans la terre du Renouard.

Alors le roi lui dit : « Vous êtes venu à ma cour, je ne vous ferai point arrrêter ; mais vous vous repentirez d'avoir entrepris contre moi une mauvaise « action ».

Renauld s'étant retiré aussitôt, le roi assembla son armée et dès le soir arriva devant la place presque en même temps que lui.

Alors, ce seigneur voyant qu'il n'était pas assez fort pour supporter un si lourd fardeau, sortit le matin et, implorant la clémence du roi, lui remit sa forteresse.

Aussitôt le roi mit le feu au château, qui était en pierre, et dans lequel furent brûlées les provisions de vivres et tout ce qui s'y trouvait enfermé.

En apprenant ces nouvelles, les garnisons de Courcy, de Grandmesnil et de Montpinson, qui avaient essayé de se révolter, restèrent tranquilles, cessèrent aussitôt leurs tentatives malveillantes, de peur d'éprouver un pareil sort, et n'eurent plus désormais l'audace de se soulever contre un tel maître (2).

(1) Voir ville de Vimoutiers, par Guilmeth.

(2) Orderic Vital, traduction Guizot, tome IV, pages 791-792.

Peut-être reste-t-il encore quelques fragments de la construction du XII° siècle, notamment une fenêtre en forme de meurtrière, très ébrasée intérieurement, et possédant une fort belle décoration de fleur de lis.

Bibliographie : BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DE L’ORNE - ESSAI DE TOPOGRAPHIE, DE STATISTIQUE & D’HISTOIRE DE LA COMMUNE DU RENOUARD - A. DALLET (1892)

 

EXCURSION aU CHATEAU DU RENOUARD

 

Visite en 1880 environ, réalisée par l'Association normande des restes du vieux château des Bailleul et des restaurations faites par son propriétaire d'alors, M. Renouard.

La description complète du château, avec gravures jointes au texte, fait l'objet d'un mémoire particulier que l'Association normande est heureuse d'accueillir dans ses archives.

Toutefois, cette visite donna lieu à quelques observations :

"Nous sommes bien en présence des ruines de l'ancienne forteresse du Renouard [Menilum Raynouard), bâtie sur les ruines du Château-Renaud, brûlé ou rasé en 1119".

Renaud de Bailleul l'avait-il fait construire ? aucun document ne le constate, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle portait son nom patronymique ou prénom et non pas ce que nous appellerions aujourd'hui le nom de famille ; on l'appelait Maison Renaud et non Maison Bailleul.

Empruntons au plus naïf et au plus pittoresque de nos historiens normands, l'abbé Dumoulin, le récit des événements de 1119.

C'était une singulière et formidable guerre que celle que soutenait George Clyton , fils de Guillaume le Roux, contre son oncle Henri Ier.

« La Normandie formilioit lors de tant de séditions et perfidies que le Roy-Duc enlevoit les places qu'il assiégeoit dès les premiers efforts ou les abandonnoit, craignant que ses domestiques mesmes ne se livrassent ès-mains de ses ennemys. De vray, ses forces et ses conseils estoient déclarés à son neveu par ceux qui sembloyent obligés à les tenir secrets, mais ils faisoient cela pour ne nuire à leurs parens qui tenoient le parti contraire et ainsi les armes demeuroient sans effet.

Après avoir raconté la tentative de parricide de la fille du Roi et sa risible punition, du Moulin ajoute :

« Comme d'ordinaire un malheur ne marche sans compagnon, ceux d'Hyesmes se rebellent aussy et tirent à leur parti ceux de Courcy. Renaud de Bailleul comme le plus téméraire des rebelles alla trouver Henry à Falaise et luy donna tesmoignages de sa perfidie : car comme on le pressoit de rendre la Maison Renaud, il dit haultement qu'il n'en feroit rien, à quoy le duc repartit : Renaud, je ne te veux pas prendre et perdre maintenant, car tu es venu en cour sous ma parole, mais asseure-toi que ton infidélité ne demeurera point longtemps impunie. Aussi, ne fut-il pas plus tost party que lui et ses troupes le suyvirent et dès le soir plantèrent le siège devant sa maison. Le matin, Renaud vint demander pardon et remit la place qui estoit toute revestue de pierres de taille. Le duc luy pardonna , mais la place fut entièrement destruite ; ce qui apprit à ceux de Courcy, de Grente-ménil et de Montpinçon (1) à n'attenter rien contre un si grand prince s'ils ne vouloient ressentir les effets de sa colère. »

Ce n'est point ici le lieu de faire l'histoire de cette famille des Bailleul, dont l'origine remonte à l'an 700, suivant une tradition consignée dans la recherche de de Marie, où quatre Bailleul furent reconnus comme anciens nobles. Leur blason était, suivant M. des Diguères. <( parti d'hermines et de gueules, timbré d'une gorgone ». Celui de Guillaume de Bailleul, qui accompagna Robert Courteheuse à la croisade de Jérusalem en 1096 était déjà « parti d'hermines et de gueules ». Un autre sire de Bailleul faisait partie de la même expédition et portait « de gueules à un fer de moulin d'argent à croisettes d'argent au pied long ». Un autre Bailleul avait accompagné Robert le Magnifique à Jérusalem, suivant M. des Diguères, et le neveu de notre Renaud ou Raynald dotait l'église de Trun onze ans avant la trahison et la disgrâce de son oncle.

Comment fut « destruite » eu 1119 « la Maison-Renaud ? »

Le château du traître fut-il rasé ou brûlé ? Les traces d'incendie retrouvées dans l'intérieur des murailles rendent vraisemblable ce mode de destruction plus expéditif, et, comme le dit Dumoulin, le duc Henri n'avait pas le temps d'attendre. Sous toutes réserves, mais sans remords de succomber à la tentation, l'étymologiste trouve ici son compte à saluer dans le Renou-ars le [Casiellum] Rainald anum, malgré le Raygnouardum du XV° siècle.

Caen, Typ. F. Le Blanc-Hardel.

(1) Courcy-sur-Dives, canton de Coulibœuf, arrondissement de Falaise. — Granilinénil, canton de St-Pierre-sur-Dives, arrondissement de Lisieux. — Montpinçon, id.

 

HISTOIRE DE L'ABBAYE ROYALE DE SAINT-PIERRE DE JUMIÈGES

ROBERT Ier, VINGT-CINQUIÈME ABBÉ (vers 1000).

Après la mort de Roderic, la crosse de Jumièges passa à Robert Hispaque, religieux de la maison. C'était un homme d'esprit et d'une grande pureté de mœurs, mais si faible et si facile, qu'on vit bientôt son monastère avoir besoin de réforme, ce qui doit d'autant moins étonner que les mœurs des Normands étaient encore barbares. On n'y voyait au reste aucuns de ces vices grossiers et scandaleux trop ordinaires en ces temps-là, et l'on peut dire que Jumièges était encore en plus grande réputation de régularité qu'aucune autre église ou abbaye de la province. Aussi nous voyons de ce temps-là plus de monuments de pieuses libéralités de ceux que la fortune favorisait, que nous ne pourrions en trouver dans plusieurs siècles postérieurs, où les riches se sont autorisés du prétendu relâchement des communautés pour couvrir leur avarice et étouffer ces reproches muets que leur font continuellement les donations de leurs ancêtres. On met au nombre de celles qui furent faites à l'abbaye de Jumièges sous l'abbé Robert, la moitié du territoire de Heurteauville, dont Richard Ier lui fit présent. Les religieux achetèrent l'autre moitié d'un officier du duc nomme Geoffroy, et le duc ratifia cette acquisition . Un de ses comtes, appelé Bernard, donna aussi, de son consentement, 8 hospices à Anisy, 20 autres à Guisinieres, et, dans l'une et l'autre de ces deux paroisses, une terre à deux charrues. Ces libéralités furent suivies de la donation de l'église et des dîmes de Guisinieres par un prêtre nommé Marmon ; de la terre de Vimoutiers, du patronage de l'église, des dîmes, prairies, eaux, pêches, moulins et bois jusqu'à la forêt dépendante de l'église cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux, ou sente aux ânes, par Osmond De Getez et ses copartageants.
Vers le même temps Gautier donna des marques de sa vénération pour l'abbaye de Jumièges en lui cédant avec l'église de Croupte, tout le domaine de la dite paroisse ; la quatrième partie du Mesnil-Renouard en dîmes, prés et bois, avec la forêt entière d'entre Vimoutiers et Croupte, jusqu'au chemin du Mont-Saint-Michel ou pont de vir, à la réserve de deux vavassories ou petits fiefs, dans le territoire de Croupte.