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Le vieux château du Renouard

Le vieux château du Renouard est une construction du milieu du XV° siècle ; mais de cette époque, il ne reste que le hourd hexagonal surmonté de créneaux, quelques croisées en pierre de taille ; puis un épais contrefort appuyé sur un des angles.

Un entretenant de bâtiments lui fait suite an midi. Eu venant de l'église, on laisse l'étang à gauche, où se mirent des aunes et des noyers centenaires. On entre par une large porte en pierre blanche à ogive obtuse, accompagnée d'une bien plus petite destinée aux piétons. La grande porte est surmontée de deux écus en pierre, qui ne paraissent pas avoir été sculptés.

M. Renouard, en homme de goût, a établi à l'intérieur de cet antique monument, dont les murs sont brunis par les siècles, une sorte de musée historique et archéologique. 

Parmi toutes les richesses qu'il renferme, nous avons remarqué de belles plaques en fonte qui ornent le fond des cheminées monumentales ; quelques unes ont pour sujet un bas-relief représentant le seigneur de Bailleul en combat avec le serpent légendaire de Villedieu. Un long serpent est sorti de sa caverne située an milieu d'énormes rochers granitiques qui élèvent en surplomb leurs têtes inégales ; de sa gueule semblent sortir des flammes qui atteignent pour ainsi dire les flancs de la monture du sire de Bailleul ; celui-ci revêtu de sa cotte de maille, coiffé de son heaume et armé d'une lourde épée qui, au besoin, peut lui servir de massue, est monté sur un vigoureux coursier, dressé sur ses membres postérieurs. L'église de Villedieu ayant quelque rapport d'architecture avec celle que l'on voit actuellement, et deux arbres ou troncs d'un grand dia­mètre et à la forte ramure, servent de fond à ce tableau en métal, qui certainement n'est pas dépourvu d'intérêt.

Disons toutefois que nous préférerions de beaucoup l'hydre à plusieurs têtes de la légende de M. Lottin de Lavai, au serpent naturel des plaques des cheminées du vieux château du Renouard (1).

Un bas-relief en albâtre on en pierre d'un grain très fin, provenant de l'église du Renouard, est conservé dans le vieux castel ; c'est un ex-voto dédié par la famille de Jean de Bailleul, seigneur du Renouard, à la mémoire de Madeleine de Bailleul, brûlée vive à Rouen, à l'âge de seize ans. Ce bas-relief représente sa mère et sa jeune sœur, Françoise de Bailleul, en prières, assistées de Louis de Bailleul, son oncle, abbé commendataire des abbayes de Silli et de Lonlai, témoins de la catastrophe de Rouen ; ainsi que sa grand mère Marguerite de Carrouges à laquelle elle avait été confliée (2).

Le poète Vauquelin a chanté la mort de Madeleine de Bailleul ; nous extrayons les huit vers suivants de son épitaphe :

« Moi Madelon, j'estoy fille du Renouard.

(Du vieux sans de Bailleul) brûlée en ce hazard.

De plusieurs fut chérie et de tous estimée.

Devançant par mérite encore la renommée.

Je demeurai ravie en ce grand désarroy.

Du bras du gouverneur, du lieutenant du Roy.

Qui sienne me tenait comme parent et père.

Me nourrissant aussi comme sa fille chère. »

Lors de la grande réparation qui eut lieu en 1880, on découvrit des peintures murales très anciennes qui, ayant été dégagées du badigeon qui les cachait, produisent un grand effet ; l'une d'elles représente un chevalier armé de toutes pièces ; une autre, quatre ou cinq femmes debout, dont une tient dans ses bras un enfant nouveau-né. 

Les armoiries des différentes familles, qui ont possédé le Renouard, sont appendues aux énormes poutres qui supportent les planchers.

Bibliographie : BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE DE L’ORNE - ESSAI DE TOPOGRAPHIE, DE STATISTIQUE & D’HISTOIRE DE LA COMMUNE DU RENOUARD - A. DALLET (1892)

 

EXCURSION aU CHATEAU DU RENOUARD

 Visite réalisée en 1880 environ, par l'Association normande.

Les visiteurs eurent le temps d'admirer les cheminées monumentales et d'un style tout particulier, les anciens vestiges des constructions primitives et subséquentes, les peintures murales si curieuses et dont l'une (la naissance de l'enfant) est dans un si parfait état de conservation.

Quant aux Fleurs de lis, remontent-elles à Louis le Gros, ou Louis le Jeune les arbora-t-il pour la première fois dans la croisade de 1147 ? Ce n'est point le lieu d'entamer une dissertation oiseuse, puisqu'elles appartiennent certainement aux constructions postérieures à 1119 et bâties entre l'année de l'incendie et la date de 1448 gravée sur l'une des cheminées et signalée par M. Renouard.

Si cette dernière date n'est pas celle de l'achèvement du château (et comment eût-on bâti en ces temps de guerre et d'occupation précaire ?), elle est la date mémorable, ou à peu près, de la délivrance de notre territoire et de l'expulsion définitive des Anglais. C'est en 1448 que s'organisa sérieusement l'armée de résistance qui devait faire des merveilles sous Dunois. C'est en 1448 que les francs-archers des communes s'armèrent et s'exercèrent de si bon courage qu'ils égalèrent et surpassèrent bientôt l'adresse des archers anglais. Ce fut le 1er août 1448 que la ville de Caen se rendit à Dunois, après le mémorable siège pendant lequel Domfront s'était rendu sans coup-férir à Jean Bureau, et Falaise au Roi en personne, (18 juillet). Si les garnisons d'Hiesmes et d'Argentan ne se rendirent qu'en 1449, la petite forteresse du Renouard n'avait-elle pas été délivrée en même temps que Falaise et quelque archer patriote n'avait-il pas écrit sur la che­minée la date mémorable de la délivrance ?

Quant au chevalier armé en guerre et monté sur un palefroi, M. Renouard n'a qu'à choisir.

Sans remonter jusqu'au Bailleul qui combattit en 700 contre un chevalier breton, deux chevaliers du nom de Bailleul illustrèrent leur nom et méritèrent les honneurs d'un portrait équestre. R. (Renard ?) de Bailleul est le quatre-vingt-dix-septième des cent dix-neuf gentils­hommes « qui desfendirent si bien !e Mont-Saint-Michel l'an mil quatre cent vingt-trois que les Anglois ne purent le prendre » et dont les noms « furent posés en un grand tableau , l'an mil quatre cent vingt-sept », lorsque les Anglois étaient devant Sainct-Sauveur. »

D'un autre côlé, nous lisons dans M. des Diguèrcs que Jean de Bailleul, seigneur du Renouard, figurait parmi les défenseurs du château de Caen en 1563. Il avait com­mandé l'année précédente les Picards du duc de Bouillon, gouverneur de Caen, et n'avait pu empêcher l'avant-garde de Coligny d'entrer dans la ville, le 14 février 1563. Réfugié dans le château, il se rendit, le 2 mars, « par une assez maigre composition (1). »

A moins que les détails de l'armure et du costume ne s'y opposent formellement et ne constituent un anachronisme évident, le chevalier peint sur le mur doit être le défenseur du Mont-Saint-Michel.

Si on ne peut faire concorder le portrait avec celui d'un gentilhomme de la fin du XVe siècle, c'est l'ancêtre traditionnel de l'an 700.

Parmi les pièces rares et curieuses conservées au vieux château du Renouard se trouve un ex-voto en marbre ou en albâtre, commémoratif de « la mort infortunée de Madeleine de Bailleul, fille du sieur du Renouard, avenue en l'an 1569 » (le 4 mai).

« Dedans Rouen, le quatriesme du mois

Qui tient de verd toute la terre ornée,

Se célébroit un feslin d'hymenée

Dont se seraient bien contentés les Rois.

Là, par sur tout une Nimphe de chois

De sa beauté la noce avait parée,

Et lors qui l'eust du festin séparée

II eust été sans soleil cette fois.

On n'en verra jamais de telle au monde,

En ses beautés elle estoit sans seconde,

De l'univers l'honneur et l'ornement.

Au bal, aux jeux, chacun vouloit paroistre

Quand un grand feu qui lors soudainement

Tout dévorant la fist là disparaître. »

Au dessous du petit bas-relief si religieusement conservé au château du Renouard, on pourrait graver ce sonnet du vieux Vauquelin ou l'un des trente-deux autres, ni meilleurs, ni pires, qu'il fit sur la tragique aventure des demoiselles du Renouard et de Lamoricière brûlées à ce bal du 4 mai 1569, Le bon Vauquelin y mêle et tous les saints et tous les dieux, le paradis et la gloire, l'Olympe et son train. Il décrit la toilette de la victime.

« Ce jour fatal la belle estoit vestue

De verd et blanc ; et ce taffetas verd

Son bel espoir montroit à découvert

Et cet argent sa foi purement nue » (son. 10).

Il peint le désespoir de la dame de Carrouges qui avait amené à Rouen la « nimphette Madelon »

« Las ! on voyait de Carrouges la dame

Deçà, delà, courir échevelée,

Les bras croisés, dire : hélas ! désolée

Quelle douleur mon poure cœur entamé !

Las ! que dirai-je, ô malheureuse femme,

A ses parents qui me l'avoient baillée ?

Ce moys pour moy n'a la terre émaillée

Car un hyver fait en moy celle flamme, v (son. 18.)

Mieux vaudrait y écrire ces huit vers charmants de grâce et de simplicité, extraits des soixante-quatorze de son épitaphe que notre intarissable poëte avait ajoutée en façon de bouquet à ses trente-trois sonnets :

« Moy, Madelon, j'estoy fille du Renouard

(Du vieil sang de Baillcul) brûlée en ce hasard ;

De plusieurs fus chérie et de tous estimée,

Devançant par mérite encore la renommée

Je demeurai ravie en ce grand désarroy

Du bras du gouverneur, du lieutenant de Roy

Qui sienne me tenoît comme parent et père.

Me nourrissant aussi comme sa fille chère ».

Et comme tout os doit avoir sa moelle, toute noix son amande, il ne serait pas mauvais que quelque chose rappelât la conclusion de notre vieux poëte, moins léger que d'ordinaire.

« Dieu vueille détourner cet orage de nous

Et le détourne aussi des prudents et de tous

Et toy qui lis ces vers, pour toi prens-y bien garde,

Car le commun malheur tout le monde regarde "...—

II se faisait tard, la nuit venait déjà et la cloche du château moderne nous arracha malgré nous aux mélan­colies du vieux La Fresnaye et aux souvenirs des victimes du 4 mai 1559. Ce fut, en traversant des communs où les constructions anciennes ont laissé d'importants échantil­lons, en côtoyant la vieille tour, ce fut surtout en jetant un coup d'œil, hélas ! trop hâtif, sur les merveilles d'un jardin où l'élégance des fleurs le dispute à la beauté des fruits, grâce aux soins actifs et ingénieux d'un jardinier intelligent, que nous regagnâmes le salon et la salle à manger où les membres de l'Association normande reçurent un accueil dont le souvenir restera dans leur mémoire. Ils étaient entrés comme des visiteurs et des étrangers; après le dîner leurs hôtes faisaient inscrire leurs noms sur la liste des membres de l'Association, et quand il fallut prendre congé, les adieux se firent entre des confrères et des amis.

Caen, Typ. F. Le Blanc-Hardel.

(1) de Bras, cité par M. Gaston Le Hardy, Hist. du Prot. en Basse-Normandie, p. 176.

 

titre Manoir
localisation Basse-Normandie ; 61 ; Le Renouard
aire d'étude Vimoutiers
lieu-dit le Vieux-Château
dénomination manoir
parties constituantes cour ; pressoir à cidre ; étable ; étable à chevaux ; logement de domestiques
éléments remarquables cheminée
époque de construction 2e quart 15e siècle ; 16e siècle ; 2e moitié 19e siècle ; 4e quart 20e siècle
année 1448
auteur(s) maître d'oeuvre inconnu
historique Manoir construit sur le site d' un château fort appartenant à la famille de Bailleul et détruit en 1119 sur ordre d' Henri Ier, selon O. Vital. La date 1448 sur une cheminée du rez-de-chaussée et des éléments de décor indiquent une construction de la 2e moitié du 15e et du 16e siècle. Acquis en 1752 par Pierre Charles de Corday, partiellement démoli à la fin du 18e siècle pour construire le château et abandonné au profit de ce dernier. Racheté en 1865 par Charlemagne Renouard qui le restaure et reconstruit la partie supprimée. Restaurations en cours
description Logis en calcaire, couvert en ardoise, avec pignon découvert sur la partie ancienne et demi-croupe débordante sur la façade refaite ; tour d' escalier hors-oeuvre couverte d' une flèche polygonale ; corps de bâtiment accolé au logis en calcaire ; autres corps de bâtiments en pan de bois et couverts en tuile plate
gros-oeuvre calcaire ; moellon ; pan de bois ; torchis ; brique ; enduit partiel
couverture (matériau) ardoise ; tuile plate
étages 1 étage carré ; étage de comble
couverture (type) toit à longs pans ; pignon découvert ; pignon couvert ; demi-croupe ; croupe ; flèche polygonale
escaliers escalier hors-oeuvre ; escalier en vis ; en maçonnerie
état restauré
  propriété privée
date protection MH édifice non protégé MH
type d'étude inventaire topographique
date d'enquête 1991

Ministère de la culture - Mérimée